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Le Presbytère “PMR : 1,2 million d’euros pour une bonne intention mal placée

Il y a des projets qui naissent d’une bonne intention.
Et d’autres qui, à force d’ignorer la réalité, finissent par coûter très cher.
Le Presbytère de Levens appartient à cette seconde catégorie.

Un bâtiment chargé d’histoire

Ancien hôpital du village, devenu presbytère après sa fermeture, l’immeuble occupe un emplacement emblématique : à l’angle du passage classé menant à l’église, en haut du village. Longtemps laissé vacant, il s’est dégradé, faute d’entretien, notamment en raison de fuites de toiture non traitées.

En 2019, à la veille des élections municipales, la municipalité lance un projet de rénovation.
La maîtrise d’ouvrage déléguée est confiée à la SPL Nice Côte d’Azur.

Une idée généreuse… sur le papier

Le maire imagine alors de transformer le bâtiment en logements entièrement PMR, avec circulation possible en fauteuil roulant dans toutes les parties communes et privatives, grâce notamment à la création d’un ascenseur.

L’intention est respectable. Le besoin existe. Mais très vite, deux questions s’imposent :
le lieu est-il adapté ? Et à quel prix ?

Un emplacement objectivement inadapté

Le Presbytère se situe en haut du village, accessible :
• soit à pied par une rue très pentue et des escaliers,
• soit par l’arrière, côté église, via une rue pavée en forte pente, impraticable en fauteuil roulant.

Certes, l’accès en voiture est possible, avec une unique place PMR sur la place de la Liberté et l’ascenseur de l’immeuble.
Mais une fois sur place, que trouve une personne à mobilité réduite ?
Aucun commerce, aucun lieu de vie, aucun espace d’inclusion. L’église. Et des rues en pente.

À l’inverse, la place Joseph Raybaud et la place de la République concentrent commerces, cafés, mairie, foyer rural – tous accessibles par des rampes aménagées. Et la commune dispose sur chacune de ces places un immeuble à rénover.

Le paradoxe est donc total : un immeuble PMR dans un environnement qui ne l’est pas.
Alors qu’il pourrait l’être ailleurs.

Sans surprise, les logements sont aujourd’hui occupés – lorsqu’ils ne sont pas vacants – majoritairement par des personnes non PMR.

Vignette immeuble pmr levens

Voir ce qu’il en est ici

Un coût hors-sol

Le Conseil municipal du 15 décembre 2025 a acté le décompte définitif de l’opération :
1 218 000 € de travaux.
Soit environ 4 000 €/m², dans un village où les logements se vendent entre 2900 et 3 200 € / m².

Les loyers, du fait du conventionnement social, avoisinent 5 € / m².
Le retour sur investissement est estimé à près de 60 ans.

Autrement dit : jamais.

Pourtant, tout était écrit dès le départ

Dès l’étude initiale, la SPL avait présenté plusieurs scénarios :
• une rénovation classique, conservant l’existant ;
• une option 100% PMR impliquant la dépose complète des planchers et la création d’un ascenseur ;
• une solution intermédiaire, partiellement PMR.
L’écart de coût entre la rénovation standard et la version PMR atteignait plus de 40 %.

Le tableau financier joint au dossier indiquait déjà un temps d’amortissement supérieur à 50 ans, avant même les surcoûts constatés par la suite.
Les réserves étaient donc posées. Noir sur blanc.

Alors pourquoi ?

À plusieurs reprises, j’ai tenté de faire évoluer le projet. Sans succès.
J’avais proposé une rénovation simple du Presbytère, et l’affectation des économies réalisées à la réhabilitation des immeubles de la place du Portal, fermés depuis des années pour insalubrité et aujourd’hui menacés de ruine.

Ou encore, employer l’intégralité de ces fonds pour la réalisation d’un immeuble PMR à un emplacement réellement adapté comme l’ancienne bibliothèque, Place de la République ou celui de l’ancienne perception, Place Joseph Raybaud.

Mais le choix était arrêté. Le PMR devait l’emporter.

Avec le recul, une évidence s’impose : ce projet permettait surtout d’afficher, en fin de mandat, une réalisation à forte charge émotionnelle.
Un symbole. Un affichage. Une vitrine.
Le bon emploi des finances publiques, lui, pouvait attendre.
C’est ainsi que naissent les mauvaises dépenses publiques :
au nom du bien, contre le bon sens.

Le Presbytère n’est pas une exception.
C’est le début d’une série.

Annexes
Comment est-on arrivé là ?

Dès le départ du projet, la SPL avait remis un prévisionnel et mis en avant plusieurs hypothèses.

1 – Une rénovation normale en conservant le plus possible d’existant, faisant l’économie d’un ascenseur et de la dépose intégrale des planchers.
2 – Une solution tout PMR qui revenait à ne conserver que la façade.
3 – Et une situation mixte ayant consisté à ne réaliser une partie des logements PMR.

Tableau maison pmr 01

Il existait déjà sur cette base un écart de 41% entre le coût du projet de rénovation standard et le projet PMR, sur un site rappelons-le, inadapté à une véritable utilisation PMR.

L’étude de financement jointe à l’appui de ce premier chiffrage laissant apparaître le délai d’amortissement de 54 ans.

Tableau maison pmr 02

Dès le stade initial, les réserves étaient posées vis-à-vis de ce projet qui dans sa version PMR était très coûteux sans pour autant apporter une réponse réellement adaptée aux besoins des personnes à mobilité réduite.